Le BIM, un outil au service du bâtiment durable ou comment massifier le recours à la maquette numérique pour l’ensemble de la filière.  

Cet article présente un résumé de la dernière session du groupe de travail BIM et Gestion du Patrimoine du 10/03/2014 sur le rapport et les propositions issues du Groupe de travail BIM et Gestion du patrimoine.  

 

To BIM or not to BIM    

Là n’est plus la question.  
Ce débat est clos, avec pour preuve l’unanimité réunie par l’ensemble des acteurs de la filière du bâtiment, lors des travaux d’élaboration sur le rapport « BIM & Gestion du Patrimoine ».  
Les acteurs de la filière du bâtiment se sont réunis sous l’égide du « Plan du Bâtiment Durable » pour apporter des solutions et des améliorations au projet BIM situé en France. Lors de la dernière plénière, qui eut lieu le 10/03/2014, REFSA, au titre de son expertise, participa et contribua à la partie informatique.  
Le rapport* sera rendu public fin mars, début avril 2014, dans une phase avancée. Voici quelques directions qui pourront alimenter vos réflexions sur le BIM ou ce  « Bouleversement Interprofessionnel Majeur » comme se plaît à l’appeler l’architecte François Pellegrin.  

 

Is BIM or has BIM    

Onze études de cas de mise en place du BIM ont servi de base à l’analyse du livre blanc pour valider et illustrer les propositions émises dans le rapport.  
En voici les enseignements majeurs :  

• Le projet de maquette numérique est souvent abordé sous son angle technique (outils et solutions logiciels) et moins sur son aspect fonctionnel, des besoins et processus.  De ce point de vue, nous pouvons noter qu’il reste encore de nombreux efforts pédagogie à réaliser auprès des MOA, afin que ceux‐ci puissent se concentrer sur la définition et l’expression de leurs besoins en fonction de leur métier, que les informaticiens parviennent à se focaliser sur les solutions applicatives et techniques, et l’assistance auprès des métiers.  

• Les projets de gestion du patrimoine, de la maquette numérique ont été pendant longtemps le parent pauvre du système d’information au niveau des propriétaires, exploitants, MOA, alors qu’ils bénéficient pourtant d’une portée stratégique déterminante. Ces projets mobilisent en effet tous les métiers de l’organisation, impactent sur les rôles de certains postes et sont l’objet créatif au centre de nouveaux postes développés par les RH. La mise en place du BIM, ou de sa base patrimoniale, est donc un vrai projet d’entreprise qu’il convient de traiter avec plus de professionnalisme, autrement dit en s’attachant à formaliser sa stratégie, ses objectifs et besoins, accompagner les modifications de son organisation, les processus de collaboration et s’assurer de l’utilisation et du cycle de vie de cette base dans la phase d’exploitation qu’il faudra maintenir et fiabiliser tout au long de la vie du bâtiment.   

• La formule magique concernant le Retour sur Investissement (ROI) n’a pas encore été découverte… cependant, selon des études de cas, il apparaît que le retour se fait généralement entre un an et trois ans en fonction de la taille du patrimoine et sur moins de deux ans pour les dépenses techniques récurrentes. Il est important de préciser que l’investissement global pour le coût d’acquisition des données patrimoniales (charges internes et externes techniques et RH) se situe entre 2 et 5% des montants techniques des dépenses récurrentes annuelles. En outre, la mise en place d’une maquette numérique permettra de générer des gains de productivité, en dégageant du temps sur certaines fonctions, évidemment les ressources techniques mais également sur les fonctions nécessitant ou utilisant des données techniques. Des gains indirects pourront aussi être apportés par les nouveaux usages du BIM et de l’exploitation de la base de données patrimoniales, sans être nécessairement anticipé. Pour prendre un exemple sur les gains indirects, le cas concret d’un « exploitant », dont l’une de  ses fonctions est la location de ses biens, avec la charge de générer des fiches de patrimoines informatives sur le bien à louer. Sans base de données du patrimoine, ces fiches étaient créées manuellement à partir d’informations collectées sur les plans et les diverses sources d’informations. Avec le BIM et ses données numériques du bâtiment, l’exploitant pourra bénéficier d’une automatisation de la génération de ses fiches (en renseignant le type de pièces, leurs surfaces, la performance énergétique, etc…). Alors que le traitement d’une fiche nécessitait plus de 30’, à raison de 1000 fiches par an, avec l’aide du BIM une économie de 60 jours récurrents devient manifeste.  

• Une nouvelle fonction doit se développer chez les MOA afin de prendre et d’assurer la responsabilité de la constitution et de la gestion du modèle numérique de son patrimoine, tout d’abord pour ses propres métiers mais également pour d’autres acteurs qui en chercheraient la nécessité lors de moments‐clés de la vie du bâtiment, tels que la maintenance, la rénovation, la cession. Le MOA a donc pour nécessité de constituer cette information et de la mettre à disposition dans des formats reconnus par tous (basé sur un modèle de l’IFC) et structurés autour de référentiels adaptés aux différentes vues des métiers.  

 

Les 4 propositions pour une stratégie française ambitieuse    

L’un des points importants des groupes de travaux consista à réfléchir et proposer des directions dans le but d’arriver à supporter une stratégie ambitieuse sur le BIM (également) au regard de nos voisins proches et moins proches tout en fournissant des propositions contribuant à infléchir le développement du BIM en France.   Ces quatre propositions se déclinent en sous‐parties détaillées dans le rapport, mais de façon résumée elles peuvent s’axer sur :  

1. L’engagement progressif de la filière dans la constitution d’une  « carte vitale » des bâtiments sous forme de modèle numérique jalonnant les moments‐clés de la vie du bâtiment.  
2. La création d’un environnement administratif permettant de favoriser les projets faisant l’objet d’une maquette numérique comme les procédures accélérées servant à la délivrance d’acte administratif (permis de construire, autorisation de travaux, etc…).  
3. La mobilisation de la puissance publique dans le développement du BIM (création de filière de formation, développement de logiciels interopérables et fiables, observatoire).  
4. Le renforcement dynamique de la filière par la rédaction d’une charte d’engagement volontaire des différents acteurs de la filière (cabinets d’architecte, bureaux d’études, entreprises de construction, exploitants, facility managers, assurances,…).    

 

BIM pour Bâtiments et Informations Modélisés    

Bien évidemment un acronyme choisi en français.    

La proposition de donner une nouvelle appellation, à savoir DONUBAT pour Données Numériques du Bâtiment, n’a pas été retenue par le groupe de travail. Ce nouveau terme aurait amené de la confusion sur un marché manquant encore de maturité et dont les fonctionnalités n’ont encore été que peu enseignées. Par ailleurs, ce sigle DONUBAT aurait été trop éloigné du BIM, qui, lui, est utilisé à l’échelle internationale par l’ensemble de la filière du bâtiment.  

BIM a donc été choisi, comme sigle fédérateur par voie de fait. Il fit tout de même l’objet d’une traduction française liée à la volonté d’associer pleinement le Gestionnaire, l’Exploitant ou le MOA, qui à ce stade ne perçoit pas encore toute la valeur à disposer d’une maquette numérique pour la gestion de son patrimoine. Soit. Il y a en conséquence une diffusion de son enseignement à prévoir.  

Le BIM de la traduction française dans le texte donne B pour Bâtiments, au sens large, incluant les ouvrages d’art et pour les puristes la construction, I pour Informations au pluriel car celles‐ci sont multiformes, non seulement elles concernent les données géométriques, les dessins 3D, mais également les modèles de données d’informations du bâtiment pertinentes et enrichies par et pour les différents acteurs de la chaîne de valeur, enfin le M pour Modélisés afin que le sigle soit porteur d’un aspect clef du BIM, c’est‐à‐dire les processus qui sont à définir et à formaliser tant sur ceux à portée interne qu’externe interprofessionnels, cela dans le but de garantir une collaboration efficace entre les acteurs (tout du long du projet, synthèse et remise DOE).  

 

* Le rapport et les propositions ont été élaborés de manière collaborative et dirigée afin que les différentes organisations de divers secteurs publics ou privés, de l’architecture, de l’ingénierie de l’exploitant soient concertées et puissent participer mais également arriver à converger vers une gestion numérique et durable du patrimoine.